La mobilisation sans précédent de la communauté internationale et les investissements massifs réalisés depuis le début des années 2000 pour lutter contre le paludisme ont permis de réduire de moitié la mortalité liée à cette maladie dans le monde.

Depuis 2000, 11 pays ont été déclarés exempts de paludisme et plusieurs pays sont sur la voie de l’élimination de l’épidémie. Pourtant, la maladie parasitaire transmise par le moustique anophèle continue d’être une menace pour la santé de 50% de la population mondiale vivant dans des régions exposées au paludisme.

A Future Free of Malaria for Children in Viet Nam

En 2018, 228 millions de cas et 405 000 décès ont été enregistrés. Quatre-vingt-treize pour cent des cas de paludisme ont été enregistrés en Afrique, principalement chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, qui sont les plus vulnérables à la maladie. 67 % des décès dus au paludisme concernaient des enfants de moins de 5 ans.

Les inégalités entre les sexes entravent l’accès à la prévention et aux soins. Atteindre les plus vulnérables, en particulier les personnes déplacées, est un facteur majeur de succès contre le paludisme, comme contre toutes les autres épidémies. 50% des cas de paludisme se concentrent dans six pays : le Nigeria, la République Démocratique du Congo, l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, le Mozambique et le Niger.

Les avancées obtenues contre la maladie l’ont été grâce aux efforts massifs réalisés en matière de lutte antivectorielle – pulvérisation intra-domiciliaire (PID) et la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide longue-durée (MIILD) -, des tests de diagnostics et de la mise à disposition de combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (ACT). Si les derniers résultats des recherches sur le vaccin contre le paludisme sont encourageants et permettraient d’introduire un nouvel instrument à l’arsenal des moyens existants de lutte contre la maladie, son développement et sa mise à disposition à toutes les populations qui en ont besoin ne sont pas encore au stade de sa généralisation.

Aujourd’hui les progrès réalisés semblent marquer le pas et leur stagnation annonce peut-être le début d’une régression dans la lutte contre le paludisme. Le nombre de cas déclarés est passé de 214 millions en 2015 à 228 millions en 2018. Toutefois, en 2018, 49 pays ont signalé moins de 10 000 cas de paludisme autochtone, contre 40 en 2010. Le nombre de pays comptant moins de 100 cas de paludisme autochtone est passé de 28 en 2010 à 51 en 2018, 24 pays ayant déclaré moins de 10 cas.

Depuis 2010, 9,4 milliards de dollars US ont été alloués aux pays à forte charge de morbidité du paludisme. 82 % provenaient de sources internationales. Toutefois, les financements mondiaux stagnent. Il faudrait 5 milliards de dollars US par an pour progresser vers l’élimination du paludisme d’ici 2030. Or, les fonds disponibles n’atteignent que 2,7 milliards de dollars US par an, soit un peu plus de 50 % du financement nécessaire.

© William Daniels

Par ailleurs, les résistances se développent – le parasite devient résistant à l’artémisinine, seul produit actuellement disponible au cœur des traitements efficaces du paludisme, et le moustique développe des résistances aux insecticides utilisés notamment pour imprégner les moustiquaires qui protègent du risque de transmission du paludisme :

  • Une résistance partielle aux ACT a été observée dans la région du Grand Mekong. Toutefois, les ACT sont toujours efficaces dans toutes les régions endémiques. Le suivi de l’efficacité des médicaments contre le paludisme est indispensable pour adapter les traitements et prévenir l’expansion des résistances.
  • Le contrôle vectoriel est le premier des moyens permettant de prévenir et de réduire le risque de transmission du paludisme. Son efficacité dépend du taux de couverture d’une zone géographique. En 2016, la résistance à au moins un insecticide a été détectée dans toutes les régions impaludées.
  • Les pyrethroïdes sont actuellement la seule catégorie d’insecticides utilisée pour imprégner les moustiquaires et la résistance des moustiques à cette catégorie d’insecticide s’étend progressivement : 81% des pays endémiques ont déclaré une résistance contre 70% en 2010. Si cette catégorie d’insecticide perd son efficacité, plus de 55% des gains acquis par le contrôle vectoriel disparaîtront.

Réduire les efforts pour lutter contre le paludisme, qu’il s’agisse de la mise à disposition de ressources, de mobilisation politique, ou de mises en œuvre programmatiques, pourrait très rapidement anéantir les progrès obtenus au cours des 20 dernières années. Les avancées dans la lutte contre le paludisme, si spectaculaires soient-elles, sont fragiles.