La mobilisation sans précédent de la communauté internationale et les investissements massifs réalisés depuis le début des années 2000 pour lutter contre le paludisme ont permis de réduire de moitié la mortalité liée à cette maladie dans le monde.

On estime aujourd’hui que 7 millions de vies ont ainsi pu être sauvées au cours de 15 dernières années. Bien que plusieurs pays aient réussi à éliminer le paludisme de leur territoire, cette maladie parasitaire transmise par le moustique anophèle, constitue toujours une menace pour la santé de la moitié de la population mondiale vivant dans des zones géographiques impaludées.

A Future Free of Malaria for Children in Viet Nam

En 2016, on dénombrait 216 millions de cas et 445 000 décès dont 90% en Afrique, principalement les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes qui sont les personnes les plus vulnérables à cette maladie. Les inégalités de genre entravent l’accès aux soins et à la prévention. Atteindre les populations les plus vulnérables et en particulier les populations déplacées est pour le paludisme comme pour les autres épidémies un facteur majeur de succès contre les épidémies.

30% des cas de paludisme se concentrent dans trois pays : le Nigeria, l’Ouganda et la République Démocratique du Congo.

Les avancées obtenues contre la maladie l’ont été grâce aux efforts massifs réalisés en matière de lutte antivectorielle – pulvérisation intra-domiciliaire (PID) et la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide longue-durée (MIILD) -, des tests de diagnostics et de la mise à disposition de combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (ACT).

Si les derniers résultats des recherches sur le vaccin contre le paludisme sont encourageants et permettraient d’introduire un nouvel instrument à l’arsenal des moyen existants de lutte contre la maladie, son développement et sa mise à disposition à toutes les populations qui en ont besoin ne sont pas encore au stade de sa généralisation. Aujourd’hui les progrès réalisés semblent marquer le pas et leur stagnation annonce peut-être le début d’une régression dans la lutte contre le paludisme.

Pour la première fois depuis 10 ans, le nombre de cas enregistrés a augmenté et la prévalence semble augmenter de nouveau dans des régions où cette maladie semblait en voie d’élimination. Les financements mondiaux stagnent. 6,5 milliards de $ seraient nécessaires chaque année pour progresser vers l’élimination du paludisme en 2030. Or, les financements disponibles chaque année n’atteignent que 2,7 milliards de $, soit moins de 50% des ressources nécessaires.

© William Daniels

Par ailleurs, les résistances se développent – le parasite devient résistant à l’artémisinine, seul produit actuellement disponible au cœur des traitements efficaces du paludisme, et le moustique développe des résistances aux insecticides utilisés notamment pour imprégner les moustiquaires qui protègent du risque de transmission du paludisme :

  • Une résistance partielle aux ACT a été observée dans la région du Grand Mekong. Toutefois, les ACT sont toujours efficaces dans toutes les régions endémiques. Le suivi de l’efficacité des médicaments contre le paludisme est indispensable pour adapter les traitements et prévenir l’expansion des résistances.
  • Le contrôle vectoriel est le premier des moyens permettant de prévenir et de réduire le risque de transmission du paludisme. Son efficacité dépend du taux de couverture d’une zone géographique. En 2016, la résistance à au moins un insecticide a été détectée dans toutes les régions impaludées.
  • Les pyréthroïdes sont actuellement la seule catégorie d’insecticides utilisée pour imprégner les moustiquaires et la résistance des moustiques à cette catégorie d’insecticide s’étend progressivement : 81% des pays endémiques ont déclaré une résistance contre 70% en 2010.

Si cette catégorie d’insecticide perd son efficacité, plus de 55% des gains acquis par le contrôle vectoriel disparaîtront.

Réduire les efforts pour lutter contre le paludisme, qu’il s’agisse de la mise à disposition de ressources, de mobilisation politique, ou de mises en œuvre programmatiques, pourrait très rapidement anéantir les progrès obtenus au cours de 15 dernières années.

Les avancées dans la lutte contre le paludisme, si spectaculaires soient-elles, sont fragiles.