Bonne nouvelle : la crise financière nous a redonné le droit de critiquer le système financier mondial, et les inégalités immenses qu’il produit. Mauvaise nouvelle : cette crise survient dans un contexte d’inégalités croissantes à l’échelle mondiale. La crise nous impose d’agir dans les pays en développement, où ses secousses menacent de faire s’écrouler des équilibres déjà gravement fragilisés. C’est ce qui se jouera à Doha, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement qui commence samedi prochain.

En période de crise, la mondialisation demande plus que jamais imagination et détermination. L’imagination, c’est de trouver des financements innovants plus stables fondés sur l’activité économique des plus riches, permettant de mieux redistribuer les fruits de la mondialisation. Des exemples fonctionnent déjà qui ne vont pas à l’encontre de l’économie mais s’adossent à sa dynamique. Il ne s’agit pas de créer de l’égalité en brisant ce qui marche mais de tenter au contraire d’utiliser les vertus de l’économie de marché (il y en a !) pour susciter un peu plus de justice.

Exemple : la Facilité internationale de financement pour la vaccination (IFFIm), qui doit lever dans les prochaines années 4 milliards de dollars sur les marchés financiers afin de financer des programmes de vaccination des enfants. Les Etats participant à l’initiative rembourseront les obligations sur vingt ans.

Exemple : la contribution internationale de solidarité sur les billets d’avion finançant la facilité internationale d’achat de médicaments Unitaid qui vise à baisser le prix et améliorer l’accessibilité des médicaments contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour les pays les plus pauvres. Unitaid a déjà engagé plus de 500 millions de dollars dans 80 pays bénéficiaires. Une baisse des prix des traitements de seconde ligne contre le sida (de 25 à 50% selon le niveau de revenu des pays) et des traitements pédiatriques (de 40%) a été obtenue, en partenariat avec la Fondation Clinton, permettant à Unitaid de financer aujourd’hui les trois quarts des traitements prodigués aux enfants atteints du sida dans le monde. Entrée en vigueur dans onze pays, cette contribution de solidarité pourrait être mise en place par 28 autres pays.

Aurons-nous alors la volonté politique ? 
D’autres pistes doivent être étudiées. Unitaid va lancer dans les prochains mois une contribution volontaire mondiale sur les billets d’avion. Des projets sont à l’étude pour mieux utiliser les transferts d’argent colossaux adressés par les migrants à leurs pays d’origine et dont le produit ne sert aujourd’hui qu’à enrichir des sociétés aux tarifs souvent prohibitifs. La lutte contre le changement climatique peut également dégager des ressources nouvelles pour lutter aux côtés des pays les plus pauvres qui sont les plus vulnérables au changement climatique. L’Allemagne a récemment annoncé qu’elle réserverait une partie des revenus tirés de la mise aux enchères des crédits carbone au développement.

Et l’on pourrait citer de nombreux autres projets proposés par le groupe pilote de 55 pays plaidant pour la création de contributions de solidarité : programme de garantie d’achats futurs de vaccins, fonds de solidarité numérique, lutte contre l’évasion fiscale ou encore une taxe sur les transactions financières dont je suis persuadé qu’elle pourrait être acceptée lors d’une prochaine réunion du G20.

Toutes ces réflexions en témoignent : l’imagination est bien là. Aurons-nous alors la volonté politique de faire de Doha, le succès historique que la situation internationale appelle ? Soyons-en certains : si nous laissons passer cette occasion de rééquilibrer la mondialisation, la crise mondiale ne fait que commencer.

M. Philippe Douste-Blazy est Secrétaire général adjoint des Nations unies et Président d’Unitaid

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